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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 15:46
Extraits de son livre "Dieu, ma mère et moi", de Franz-Olivier Giesbert

Extraits de son livre "Dieu, ma mère et moi", de Franz-Olivier Giesbert

«Après la Seconde Guerre Mondiale, il fallait en effet manger des bêtes : c’était même charnage tous les jours, sauf le vendredi où l’on faisait maigre, c’est-à-dire du poisson. La paix retrouvée était devenue l’occasion d’une immense boucherie. La viande incarnait l’avenir, le progrès, la santé, sinon le bonheur. Ma mère avait été comme envoûtée par cette idéologie carnivore au nom de laquelle nous engloutissions sans discontinuer des tranches de chair morte. Je me souviens avec effroi et dégoût du steak de cheval, du foie de génisse, des rognons de porc et des bas morceaux du bœuf qui constituaient la base de notre régime, à la maison. Une de mes sœurs avait le courage de faire ce que je n’ai jamais osé : elle profitait d’une absence de ma mère pendant le repas pour dissimuler sa viande sous un meuble où elle la récupérait plus tard pour la faire disparaître définitivement dans le jardin. Cinquante ans plus tard, cette viande me pèse toujours sur l’estomac. Vous allez encore sourire mais j’ai honte. Honte des souffrances infligées et de cette vie volée aux bêtes.»

«La raison n’est pour rien dans mon végétarisme. J’y suis venu tout naturellement, à force d’entendre les cochons crier comme des bébés quand on les égorgeait dans les fermes alentour, les vaches qui pleuraient des nuits entières le veau qu’on leur avait enlevé pour l’emmener au couteau, les volailles qui se tortillaient avec un râle funèbre sur le billot.»

«Je n’ai jamais supporté la vue d’une bête que l’on va tuer. Son regard. Son fatalisme, souvent. Sa panique, parfois.»

«L’espèce humaine doit-elle assouvir ses envies de viande et de sang ? Est-elle condamnée à rester, jusqu’à la fin des temps, l’incarnation la plus aboutie de la prédation dans le règne animal, une panse sur pattes, détruisant tout sur son passage ?.»

«En somme, mange seulement ce que tu peux tuer. Affronte, assume, ne te cache pas cette horreur que tu ne saurais voir, va jusqu’au bout de tes actes. Tel est le défi de Plutarque aux consommateurs de viande, dont il moque la propension à maquiller l’objet de leur forfait en le faisant rôtir ou bouillir et en le préparant avec du vin, de l’huile, du miel, de la gelée ou du vinaigre. Ils n’ont pas le cœur, observe-t-il de manger la bête telle qu’elle est. C’est si vrai qu’aujourd’hui, notamment dans les grandes surfaces, la viande est conditionnée et, pour ainsi dire dématérialisée. Pour un peu, on dirait de la compote de fraises ou des tranches de betterave emballées dans du plastique. Il ne faut surtout pas qu’elle ressemble à cette «chair morte» dont parle Plutarque. L’hypocrisie de nos sociétés modernes prétend même rendre l’abattage invisible. C’est ainsi que les abattoirs sont implantés le plus loin possible de la ville, les bêtes entrant par-derrière pour ne pas traumatiser les populations auxquelles sont ainsi épargnés les cris et les mouvements de panique à la sortie des bétaillères. Lesdites populations n’ont droit, et encore, dans les mauvais cas, qu’aux carcasses de viande fraîche qui sortent par-devant pour aller directement dans les camions frigorifiques. Interdiction d’approcher. Il n’est pas question qu’elles voient de près les chairs qui, parfois, se trémoussent encore.»

«J’ai ainsi entendu des apôtres de l’humanitarisme déblatérer contre la cruauté de la chasse ou de la corrida, la bouche pleine de viande rouge, du sang rose aux commissures, sans savoir dans quelles conditions avait été tuée la bête dont ils mâchaient un morceau. Apparemment, ça ne troublait pas leur digestion. Ils sont l’incarnation du pharisaïsme de notre époque, qui ne supporte les tueries qu’à condition qu’elles soient cachées, abstraites […] Ce qui est révoltant, c’est la myopie, la veulerie et la duplicité de nos sociétés qui partent en guerre contre la chasse et la corrida, alors qu’elles acceptent l’abattoir. Leur volonté, assumée ou pas, de passer systématiquement à l’as le sujet de la souffrance animale.»

«L’animal souffre-t-il ? […] Jeremy Bentham (1748-1832), l’un des pères de l’utilitarisme, n’en doute pas. Il considère même qu’il n’y a pas de meilleur critère que la souffrance pour départager les êtres et leur attribuer ou non des droits. Il exclut le critère du raisonnement dans un texte célèbre : « Un cheval ou un chien adultes sont des animaux incomparablement plus rationnels, et aussi plus causants, qu’un enfant d’un jour, ou d’une semaine, ou même d’un mois. Mais s’ils ne l’étaient pas, qu’est-ce que cela changerait ? La question n’est pas : «Peuvent-ils raisonner ?» ni : «Peuvent-ils parler ?» mais «Peuvent-ils souffrir ?»»

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Published by Laurence - dans A méditer...
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